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lundi 2 septembre 2019

Fiche de lecture - Ernest Renan - Qu'est-ce qu'une Nation? - 1882

Qu'est-ce qu'une nation ? est une conférence donnée par Ernest Renan à la Sorbonne en 1882, et publiée par la suite dans les Discours et conférences, en 1887. Ce discours reste, avec La Vie de Jésus, le texte le plus connu de Renan.

Dans la préface du recueil de 1887, l'auteur consacre une large partie à l'importance qu'il accorde au texte de sa conférence, où il dit avoir « pesé chaque mot avec le plus grand soin ».



Résumé


Dans ce discours, Renan s’efforce de distinguer race et nation, soutenant que, à la différence des races, les nations s’étaient formées sur la base d’une association volontaire d’individus avec un passé commun : ce qui constitue une nation, ce n'est pas de parler la même langue, ni d'appartenir à un groupe ethnographique commun, c'est d'« avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore » dans l'avenir.

Dans cette conférence prononcée le 11 mars 1882, Renan se positionne contre une vision allemande de la nation, dans le contexte de la défaite de 1870 et de l'annexion par l'Empire allemand de l'Alsace-Lorraine. Il formule l'idée qu'une nation repose à la fois sur un héritage passé, qu'il s'agit d'honorer, et sur la volonté présente de le perpétuer.

Ce texte est devenu l'emblème d'une conception française contractuelle de la nation, basée sur la volonté d'une population de former une nation, par opposition à une conception allemande contemporaine censée être beaucoup plus essentialiste (fondée sur la culture, la langue, la religion comme la race).

Dès l'origine Renan avait fait du "vivre ensemble" (déjà cité par Aristote), c'est-à-dire à la fois le consensus et un but commun, le critère principal de sa compréhension de la nation.

Citations



"L'existence d'une Nation est un plébiscite de tous les jours."
"De nos jours, on commet une erreur grave : on confond la race avec la Nation, et l'on attribue à des groupes ethnographiques ou plutôt linguistiques une souveraineté analogue à celles des peuples réellement existants."
"L'essence d'une Nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun, et aussi que tous aient oublié bien des choses. Aucun citoyen français ne sait s'il est Burgonde, Alain, taïfale, visigoth ; tout citoyen français doit avoir oublié la Saint-Barthélemy, les massacres du Midi au treizième siècle."
"La Nation moderne est donc un résultat historique amené par une série de faits convergeant dans le même sens. Tantôt l'unité a été réalisée par une dynastie, comme c'est le cas pour la France, tantôt elle l'a été par la volonté directe des provinces, comme c'est le cas pour la Hollande, la Suisse, la Belgique ; tantôt par un esprit général, tardivement vainqueur des caprices de la féodalité, comme c'est le cas pour l'Italie et l'Allemagne."
"C'est la gloire de la France d'avoir, par la Révolution française, proclamé qu'une Nation existe par elle-même."
"Le droit du germanisme sur telle ou telle province est plus fort que le droit des habitants de cette province sur eux-mêmes. On crée ainsi une sorte de droit primordial analogue à celui des rois de droit divin ; au principe des Nations se substitue celui de l'ethnographie. C'est là une très grande erreur, qui, si elle devenait dominante, perdrait la civilisation européenne. Autant le principe des nations est juste et légitime, autant celui du droit primordial est étroit et plein de danger pour le véritable progrès."
"La vérité est qu'il n'y a pas de race pure et que faire reposer la politique sur l'analyse ethnographique, c'est faire porter une chimère."
"Le français n'est ni un Gaulois, ni un Franc, ni un Burgonde. Il est ce qui est sorti de la grande chaudière où, sous la présidence du roi de France, ont fermenté ensemble les éléments les plus divers." 
"La conscience instinctive qui a présidé à la confection de la carte d'Europe n'a tenu aucun compte de la race, et les premières nations de l'Europe sont des nations de sang essentiellement mélangé."
"Il y a dans l'homme quelque chose de supérieur à la langue : c'est la volonté. La volonté de la Suisse d'être réunie, malgré la variété de ces idiomes, est un fait bien plus important qu'une similitude souvent obtenue de vexations. Un fait honorable pour la France, c'est qu'elle n'a jamais cherché à obtenir l'unité de la langue par des mesures de coercition Ne peut-on pas avoir les mêmes sentiments et les mêmes pensées, aimer les mêmes choses en des langues différentes ?"
 "Non, ce n'est pas la terre plus que la race qui fait une Nation. La terre fournie le substratum, le champ de la lutte et du travail ; l'homme fournit l'âme. L'homme est tout dans la formation de cette chose sacrée qu'on appelle un peuple. Rien de matériel n'y suffit. Une Nation est un principe spirituel, résultant des complications profondes de l'histoire, une famille spirituelle, non un groupe déterminé par la configuration du sol.
"Une Nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à dire vrai, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche leg de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. L'homme, messieurs, ne s'improvise pas. La Nation, comme l'individu, est l'aboutissement d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire, voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale."
 "L'homme n'est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s'appelle une Nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu'exigent l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle a le droit d'exister. Si des doutes s'élèvent sur ses frontières, consultez les populations disputées."

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