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lundi 2 septembre 2019

Fiche de lecture - Abbé Sièyes - Qu'est-ce que le Tiers-Etat? - 1789

Cet article propose une fiche de lecture de l'ouvrage de l'Abbé Emmanuel Joseph Sièyes, qui publia en 1789 l'ouvrage "Qu'est-ce que le Tiers-Etat?" avec un plan resté resté célèbre et dont le contenu inspira largement la Constitution française qui allait arriver.

Le texte étonnement moderne, est une mine de citations sur la thématique de la Nation, du Citoyen et du bien commun.



Résumé


Sieyes présente dans cet ouvrage une critique de la situation du moment, et indique les réformes souhaitables à apporter en France, notamment en comparant la France et l'Angleterre et en souhaitant que le vote de chaque ordre se fasse proportionnellement à sa représentativité réelle dans la nation (évidemment favorable au Tiers-État, qui représente près de 98 % des Français avec 25 à 26 millions d'habitants pour environ 200.000 personnes de la Noblesse et 81.000 têtes ecclésiastiques). Il donne les prémices de l'avènement d'une assemblée nationale constituante.

Citations



"Le plan de cet article est assez simple. Nous avons trois questions à nous faire. 1- Qu'est-ce que le Tiers Etat? TOUT. 2- Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans l'ordre politique? RIEN. 3- Que demande-t-il? A ETRE QUELQUE CHOSE."
 "Que faut-il pour qu'une Nation subsiste et prospère? des travaux particuliers et des fonctions publiques"
 "En dévouant une fonction quelconque à servir d'apanage à un Ordre distinct parmi les Citoyens, a-t-on fait attention que ce n'est plus alors seulement l'homme qui travaille qu'il faut salarier, mais aussi tous ceux de la même Caste qui ne sont pas employés, mais aussi les familles entières de ceux qui sont employés et de ceux qui ne le sont pas? a-t-on remarqué que dès que le Gouvernement devient le patrimoine d'une classe particulière, il s'enfle bientôt hors de toute mesure, les places s'y créent, non pour le besoin des gouvernés, mais pour celui des gouvernants?"
 "Qu'est-ce qu'une Nation? un corps d'Associés vivant sous une loi commune et représentés par la même législature."
"Nous l'avons dit: une loi commune, et une représentation commune, voilà ce qui fait une Nation."
" Qu'on fasse des nouveaux Nobles tout ce qu'on voudra; il est sûr que dès l'instant qu'un Citoyen aquiert des privilèges contraires au droit commun, il n'est plus de l'ordre commun. Son nouvel intérêt est opposé à l'intérêt général; il est inhabile à voter pour le Peuple."
 "Vous avez beau faire, ce n'est ni la différence des professions, ni celle des fortunes, ni celle des lumières qui divisent les hommes, c'est celle des intérêts."
 "La Nation ne parviendra point à la liberté, sans se rappeler avec reconnaissance ces Auteurs patriotes, qui [...] les premiers abjurant de vieilles erreurs, ont préféré les principes de la justice universelle aux combinaisons meurtières de l'intérêt de corps contre l'intérêt national."
"Nous ne pouvons être libre qu'avec le Peuple et par lui. Si une considération de cette importance est au-dessus de l'étroit égoïsme de la plupart des têtes françaises, au moins ne pourront-elles s'empêcher d'être frappées des changements survenus dans l'opinion publique. L'empire de la raison s'étend tous les jours davantage; il nécessite de plus en plus la restition des droits usurpés."
"Au reste, il est dans le cours ordinaire des choses, que les machines les plus compliquées précèdent les véritables progrès de l'art social, comme tous les autres arts; son triomphe sera, partiellement, de produire les plus grands effets par des moyens simples."
 "Dans toute Nation libre, et toute Nation doit être libre, il n'y a qu'une manière de terminer les différends qui s'élèvent touchant la constitution. Ce n'est pas à des Notables qu'il faut avoir recours, c'est à la Nation elle-même. Si nous manquons de constitution, il faut en faire une; la Nation seule en a le droit."
"Mais qu'on nous dise d'après quelles vues, d'après quel intérêt on aurait pu donner une constitution à la Nation elle-même. La Nation existe avant tout, elle est à l'origine de tout. Sa volonté est toujours légale, elle est la loi elle-même. Avant elle, et au-dessus d'elle, il n'y a que le droit naturel. Si nous voulons nous former une idée juste de la suite des lois positives qui ne peuvent émaner que de sa volonté, nous voyons en première ligne les lois constitutionnelles, qui se divisent en deux parties: les unes règlent l'organisation et les fonctions du corps législatif; les autres déterminent  l'organisation et les fonctions des différents corps actifs. Ces lois sont dites fondamentales, non pas en ce sens, qu'elles puissent devenir indépendantes de la volonté nationale, mais parce que les corps qui existent et agissent par elles, ne peuvent point y toucher."
"Le Gouvernement n'exerce un pouvoir réel qu'autant qu'il est constitutionnel; il n'est légal qu'autant qu'il est fidèle aux lois qui ont été imposées. La volonté nationale, au contraire, n'a besoin que de sa réalité pour être toujours légale, elle est à l'origine de toute légalité." 
 "Avez-vous jamais vu le vieillard caduc se consoler de mourir, quelques frais et vigoureux que puisse être le jeune homme qu'il voit prêt à le remplacer? Il est dans la nature que les corps politiques, comme tout les corps animés, se défendent tant qu'ils peuvent du dernier moment."
 "La Nation est toujours maîtresse de réformer sa constitution. Surtout elle ne peut pas se dispenser de s'en donner une certaine, quand elle est contestée. Tout le monde en convient aujourd'hui; et ne voyez-vous pas qu'il lui serait impossible d'y toucher, si elle-même n'était que Partie dans la querelle? Un corps soumis à des formes constitutives ne peut rien décider que d'après sa constitution."
"Chez un Peuple accoutumé à la servitude, on peut laisser dormir les vérités ; mais si vous excitez l'attention, si vous avertissez de faire choix entre elles et l'erreur, l'esprit s'attache à la vérité, comme des yeux sains se tournent naturellement vers la lumière. Or la lumière en morale, ne peut se répendre à un certain point, sans conduire à l'équité, de gré ou de force ; c'est qu'en morale, les vérités sont liées aux droits ; c'est que la connaissance des droits en réveille le sentiment ; c'est que le sentiment de ces droits remonte, au fond de l'âme, le ressort de la liberté qui n'est jamais tout à fait brisé chez les Européens."
"Qu'est-ce que la volonté d'une Nation? C'est le résultat des volontés individuelles, comme la Nation est l'assemblage des individus. Il est impossible de concevoir une association légitime qui n'ait pas pour objet la sécurité commune, la liberté commune, enfin la chose publique."
"Il faut que dans la décadence même des moeurs publiques ; lorsque l'égoïsme paraît gouverner toutes les âmes, il faut, dis-je, que même dans ces longs intervalles, l'assemblée d'une Nation soit tellement constituée, que les intérêts particuliers y soient isolés, et que le voeu de la pluralité y soit toujours conforme au bien général. Cet effet est assuré, si la constitution est supportable."
"Dans une Assemblée nationale, les intérêts particuliers doivent rester isolés, et le voeu de la pluralité doit y être toujours conforme au bien général. [...] Nous connaissons le véritable objet d'une Assemblée nationale ; elle n'est point faite pour s'occuper des affaires particulières des Citoyens, elle ne les considère qu'en masse et sous le point de vue de l'intérêt commun. Tirons-en la conséquence naturelle que le droit à se faire représenter n'appartient aux Citoyens qu'à cause des qualités qui leur sont communes, et non à cause de celles qui les différentient."
"Une classe privilégiaire est donc nuisible, non seulement par l'esprit de Corps, mais par son existence seule. Plus elle a obtenu de ces faveurs nécessairement contraire à la liberté commune, plus il est essentiel de l'écarter de l'Assemblée Nationale. Le privilège ne serait représentable que par sa qualité de Citoyen ; mais en lui cette qualité est détruite, il est hors du civisme, il est l'ennemi des droits communs. Lui donner un droit à la représentation, serait une contradiction manifeste dans la loi ; la Nation n'aurait pu s'y soumettre que par un acte de servitude ; et c'est ce qu'on ne peut supposer."
 "On imagine faussement que la vérité peut se diviser, s'isoler, et entrer ainsi, en petites portions, plus facilement dans l'esprit. Non : le plus souvent il faut de bonnes secousses ; la vérité n'a pas trop de toute sa lumière pour produire de ces impressions fortes, qui la gravent pour jamais au fond de l'âme, de ces impressions d'ou naît un intérêt passionné pour ce qu'on a reconnu vrai, beau et utile. [...] On ne se sent jamais suffisamment éclairé, et l'on croit souvent tenir une vérité, qu'il faudra abandonner à mesure qu'on méditera davantage."
"Les esprits, dites-vous, ne sont pas encore disposés à vous entendre, vous allez choquer beaucoup de monde ? Il le faut ainsi : la vérité la plus utile à publier, n'est pas celle dont on était déjà assez voisin, ce n'est pas celle que l'on était déjà près d'accueillir. Non, c'est précisément parce qu'elle va irriter plus de préjugés et plus d'intérêts personnels, qu'il est plus nécessaire de la répandre."


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