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dimanche 20 août 2017

Politique étrangère et relations avec le Sultanat d'Oman


Oman est le plus oriental des pays arabes, avec plus de 3000 kilomètres de cotes, et seul sultanat du monde arabe. Riche en pétrole et en gaz, il est stratégiquement situé à l'entrée du golfe Persique, face au détroit d'Ormuz.

D'omédiance ibadiste, ce pays arabe est le seul à n’être ni sunnite, ni chiite, ce qui lui confère une position de neutralité bien utile politiquement et stratégiquement pour les pays occidentaux, et qui l'a épargné dans les conflits actuels du Moyen Orient. Cette neutralité de Mascate (la capitale du sultanat d'Oman) lui a permis d’intervenir en 2009 pour la libération de trois Américains arrêtés par l’Iran puis, en 2012, pour celle d’une Iranienne détenue aux États-Unis. Malgré cette position d'arbitre, il est assez boudé de la classe politique française alors qu'il pourrait s'avéré un allié sérieux dans les discussions diplomatiques de crises arabo-musulmanes.



Une origine religieuse venant du "troisième" chemin de l'Islam


Oman se distingue de ses voisins du conseil de coopération des Etats arabes du Golfe aux plans historique (seule puissance maritime au passé colonial), politique (contact direct entre le souverain et sa population à travers des tournées annuelles dans le pays), économique (moindres réserves pétrolières et gazières), humain (population omanaise composite, avec des segments zanzibariens, indiens et baloutches) et religieux (ibadisme majoritaire).

Oman est le seul pays à majorité ibadite, descendants de la troisième branche de l'Islam. L'ibadisme est généralement considéré par les autres courants musulmans comme une des branches du kharidjisme (les « sortants », c'est-à-dire n'appartenant ni au sunnisme ni au chiisme), mais cette origine est récusée par les Ibadites et c’est pour cette raison que nous les distinguons à part. Prônant une pratique puritaine de l'islam, il en serait un des plus anciens courants, fondé seulement cinquante ans après la mort de Mahomet par Abdellah Ibn Ibâd (mort en 708) en réaction aux disputes concernant la succession de Mahomet. 

Face à la confrontation armée entre sunnites et chiites, les Ibadites, quant à eux pacifistes, firent sécession en critiquant leur vision du pouvoir et leur intransigeance à l'égard des populations non-musulmanes, puis se retirent dans la région d'Oman. Aujourd'hui très peu nombreux dans le monde musulman, les adeptes de cette confession se retrouvent dans le Mzab algérien, dans l’île tunisienne de Djerba et en Libye.


L'ibadisme est le courant dominant du sultanat d'Oman, mais aussi dans l'ile de Djerba en Tunisie, à Zanzibar et en Libye dans le Djebel Nafusa.

Au milieu du XVIIe siècle, le pays s’est libéré de l’emprise du Portugal et a constitué un empire sur la côte est de l’Afrique, contrôlant Zanzibar. Au XVIIIe siècle, le fondateur de la dynastie actuelle inaugure un âge d’or qui verra l’influence d’Oman s’étendre jusqu’au Baloutchistan.

A Oman, un Etat autoritaire et centralisé s’est mis en place au XXème siècle, à rebours du système politique démocratique et collégial qui était préconisé par les premiers khâridjites. A partir de la découverte de gisements de pétrole en 1967, le pays entame un développement économique et social. En 1970, le sultan Qabus ibn Saïd renverse son père jugé tyrannique et met peu à peu en place un modèle politique et religieux original. Il promeut une vision consensuelle de la société omanaise, où les musulmans prient dans les mêmes mosquées quel que soit leur courant religieux, et où l’islam ibadite est à la fois intégrateur et en phase avec la modernité.

Sultant d'Oman: Qabus ibn Saïd

Néanmoins ces réformes ne sont pas pour plaire à la frange la plus traditionaliste de la classe politique et de la société omanaise. Aussi le sultan échappe-t-il en 2005 à un complot fomenté par les islamistes pour le renverser et instaurer une "République islamiste".

Depuis, l'incertitude concernant la succession du sultan, conjuguée à la crise économique qui touche le pays depuis 2008, n'ont cessé de nourrir le mécontentement de la population et la contestation de la jeunesse qui souffre du chômage. Ainsi en mars 2011 lors du Printemps arabe, Oman a connu plusieurs manifestations et troubles qui ont nécessité l'intervention du sultan pour apaiser l'opinion. Mais cette exception omanaise est plutôt doctrinale que sociétale. La majorité ibanite couvre 75% de la population omanaise et c'est également la doctrine officielle du sultanat. Pour les ibadites, le sultan est le meilleur des musulmans. Dans la conception ibadite, l'exercice du pouvoir par le chef des musulmans nécessite le concours d'une assemblée dont les membres sont choisis sans distinction de lignage ni d'appartenance ethnique. Les ibadites appellent au respect et à l’obéissance envers les gouvernants ainsi choisis. La doctrine ibadite à Oman semble être la clef de la cohésion sociale du pays et de la pays régionale dans la région du Golfe.

D'une neutralité religieuse vers une neutralité politique


La diplomatie omanaise est fondée sur des principes de non-ingérence, de neutralité et d’indépendance dont elle n’a pas dévié depuis 1970 et qui expliquent la relative discrétion de Mascate sur les questions régionales. Toutefois, le sultanat d’Oman vient de décider en janvier 2017 de rejoindre la coalition islamique militaire de lutte contre le terrorisme et d’en devenir le 41e membre.

Oman est le seul pays du Golfe à entretenir des relations suivies et cordiales avec l’Iran. Les deux pays partagent évidemment des intérêts stratégiques (détroit d’Ormuz), mais Téhéran a également aidé les Omanais, dans les années 1970, à venir à bout de la rébellion du Dhofar. Le Sultanat encourage l’insertion régionale et joue un rôle actif dans la reprise du dialogue entre Téhéran et les capitales occidentales, notamment depuis l’arrivée au pouvoir de Barak Obama à Washington (organisation de rencontres, parfois à Mascate directement). Dans ce contexte, Oman a accueilli très favorablement l’accord du 14 juillet 2015. Il soutient l’action du Président Rohani, et s’apprête à intensifier son commerce bilatéral avec Téhéran, notamment dans le domaine des hydrocarbures.

Economie du sultanat


Avec ses 309 500 km², le Sultanat d’Oman est le deuxième pays du Golfe en termes de superficie, après l’Arabie saoudite. À Oman, tout comme dans les autres pays du Golfe, le pétrole est le pilier de l’économie; il génère un PIB d’environ 70 milliards USD.

Toutefois, par rapport à ses pays voisins, le Sultanat d’Oman est un modeste producteur de pétrole. Le tourisme, l’agriculture et la pêche sont d’importantes sources de revenus supplémentaires. Le pays bénéficie aussi d’une belle stabilité politique, même après les troubles de 2011, ceux-ci ayant été gérés avec sagesse par le sultan.

Oman, fort de sa population multiethnique, occupe une position stratégique de choix à l’embouchure du golfe Persique. Le Sultanat dispose de réserves modestes de pétrole et de gaz (25ème position au classement mondial).

Le pays est confronté à l’épuisement des ressources sur lesquelles se trouve basée l’économie locale, créant par-là à la fois un coût de la vie élevé et une crise de l’emploi difficile à gérer, qui demeure la principale cause des protestations populaires. Pour parer à l’afflux de migrants, notamment indiens, une loi privilégie l’embauche des Omanais, dans le but de faire baisser le taux de chômage des locaux, qui avoisinait 15% en 2014. Bien que la diversification de l’économie soit une préoccupation centrale de l’État omanais, le pétrole représente encore environ 80% des recettes de l’Etat.

Depuis plusieurs années, le sultanat a décidé de développer un tourisme d'élite et éco-responsable afin de diversifier ses sources de revenus. Quatre axes majeurs de développement ont été identifiés dans cette politique de diversification: la production minière, le tourisme haut de gamme, les filières industrielles et les infrastructures portuaires, aéroportuaires et ferroviaires.Le pays tente également d’investir dans de nouveaux domaines (aluminium, robotique), mais ne peut encore assurer de réelle transition économique.


Quelle est la force de l’économie nationale?

La stabilité politique et les bonnes relations qu’entretient Oman avec tous ses pays voisins, y compris l’Iran, se reflètent dans la solidité et la croissance continue de l’économie et du PIB. Oman est une destination attractive pour les investissements étrangers. Par rapport aux autres pays du CCG, les progrès et le plan de développement du Sultanat n’en sont qu’à leurs débuts, ce qui prouve aux investisseurs étrangers que de nombreuses opportunités d’investissement et de mise à profit de l’économie florissante restent à saisir. La politique du gouvernement encourage le placement de capitaux dans l’industrie, le gaz et le pétrole, mais aussi le logement.

Politique omano-française


La France n'entretient pas assez de relations diplomatiques avec Oman. A contrario, Washington lui attribue tant d’importance que, fait exceptionnel, le secrétaire d’État américain John Kerry a assisté à la réception à Washington de l’ambassade omanaise le 18 novembre 2015 pour la fête nationale, qui coïncide avec l’anniversaire du sultan Qabous bin Saïd Al Saïd et les quarante-cinq ans de son accession au trône. John Kerry était également présent à Oman le 14 Novembre 2016 pour discuter de la situation catastrophique de la guerre au Yemen.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry, à gauche, rencontre le ministre omanais des Affaires Etrangères, Yusuf bin Alawi bin Abdullah, à Muscate, Oman, le 14 Novembre 2016.

Oman a contribué aussi à faire libérer plusieurs otages occidentaux, dont une Française en 2015. La connaissance fine de la scène politique yéménite, ses contacts avec les tribus — y compris certaines affiliées à Al-Qaida dans la péninsule arabique (AQPA) — fait d’Oman un interlocuteur écouté par les États-Unis

D'un point de vue économique, la modicité de notre part de marché peut certes s’expliquer par le poids des fournisseurs traditionnels (Emirats arabes unis, Japon, Etats-Unis, Arabie saoudite) ou celui des grands émergents (Inde, Chine, Corée du Sud), mais elle reste inférieure à celle de nos principaux concurrents européens (Allemagne, Royaume Uni, Italie, Pays-Bas et Belgique).

Notre présence française est essentiellement liée aux secteurs de l’énergie, de l’eau, de l’environnement et des infrastructures. Suez a remporté en mars 2015 un contrat pour la construction et l’exploitation d’une usine de dessalement de l'eau de mer. Sa filiale Degremont, en consortium avec Al-Ansari Trading Entreprise, une société locale de génie civil, a décroché un contrat pour concevoir et construire au nord du pays, dans la municipalité d'Al-Amerat, une station d’épuration d’une capacité de 18.000 m³ par jour. Veolia, déjà présent dans le dessalement de l'eau, a pour sa part remporté début mai avec son partenaire Al Ramooz National LLC un contrat d'une durée de sept ans pour la gestion des déchets omanais.

Enfin, un ambitieux projet de construction d’un réseau ferroviaire de plus de 2.000 km de long (dont 300 km connectés au réseau trans-GCC), dont le coût global est estimé à 12 milliards d’euros environ, ouvre de belles opportunités pour les entreprises françaises de ce secteur.

Conclusion


Exposé par sa situation géographique à plusieurs menaces transversales (trafics en tous genres, migrations illicites, piraterie), Oman est un partenaire essentiel pour la sécurisation des routes maritimes régionales. Partageant avec l’Iran le contrôle du détroit d’Ormuz, naturellement tourné vers l’Asie et l’Afrique, le sultanat reste fermement attaché à son rôle de médiateur entre l’Iran et l’Occident.

Oman peut jouer un rôle majeur de médiateur dans la crise actuelle au Moyen-Orient. Jouant déjà depuis plusieurs années ce rôle dans le conflit entre l'Iran (chiite) et les Emirats arabes unis (sunnites) qui se disputent la souveraineté de certaines îles du golf Persique, ou encore le conflit armé au Yémen opposant les Yéménites du sud (sunnites) avec les Houthis du nord (chiites), la diplomatie omanaise a toujours œuvré pour un aplanissement des conflits et pour un rapprochement des points de vue. De plus, le sultanat a souvent joué un rôle atténuateur dans la politique salafiste wahhabite de l'Arabie saoudite.

N'appartenant doctrinement à aucun des deux camps, le pays peut se prévaloir d'une position de neutralité pouvant servir politiquement et diplomatiquement de clef de résolution dans les conflits, même si cette neutralité tend à être malmenée par le grand voisin saoudien qui préférerait avoir Oman du coté sunnite lors des actions coordonnées du CCG (Conseil de Coopération du Golfe) dont fait partie le sultanat d'Oman.

La France a donc ici tout intérêt à se garder un allié neutre membre du CCG qui puisse agir comme levier régional dans les processus de paix ou d'apaisement. C'est en partie à ce titre que la France avait fait partie de la réunion du CCG qui se tenait à Ryad les 5 et 6 mai 2015, mais le manque de suivi diplomatique est malheureusement trop flagrant.

François Hollande à côté du roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud (à sa gauche) et du sultan d'Oman, Qabus ibn Saïd (à sa droite), lors d'un sommet du CCG à Riyad en mai 2015.
Source: Christophe Ena/Pool/AFP


La France n'est que le sixième investisseur étranger dans le pays, et n'a signé que 900 millions de dollars de contrat en 2016. C'est donc une petite place économique que nous avons avec le sultanat. D'un point de vue diplomatique, nous l'avons vu, la France doit privilégier ce pays neutre comme un interlocuteur de valeurs dans les négociations sur les conflits régionaux. Oman avait été le pays qui a joué les intermédiaires entre les Etats-Unis et l'Iran dans les négociations de 2013-2015 sur le programme nucléaire iranien. La France doit s'inspirer de cette approche et garder une relation de proximité avec le sultanat.

Enfin, le problème de la succession du pouvoir est toujours très actuel. Au-delà des défis économiques et sociaux majeurs qui attendent le successeur du sultan, il ne fait aucun doute que la jeune société civile omanaise n’est pas prête à lui consentir le même degré d’autoritarisme ni à abdiquer, comme ses parents, ses droits à participer aux débats sociaux et politiques.

Le « printemps omanais » de 2011 et 2012 a révélé à quel point déjà le modèle autoritaire omanais a depuis longtemps atteint ses limites. Le refus catégorique du souverain actuel de briser le tabou sur des questions aussi fondamentales et engageant l’avenir du pays que le fait de nommer un premier ministre ou de poser les fondements du système politique du pays après sa mort ne fait qu’attiser l’inquiétude. Cette collision brutale avec la réalité confronte le régime à des questions urgentes qui, si elles ne sont pas résolues par Qabous ben Said lui-même, pourraient provoquer des remous importants dans l’éventualité de sa disparition soudaine.

Sources:


http://www.ambassadeoman.com/relations-omano-francaises/histoire-de-la-relation-omano-francaise/
http://www.lesclesdumoyenorient.com/Le-kharidjisme-l-autre-branche-de.html
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/oman/
http://fra.sika.com/fr/groupe/publications/magazine-ambition/ambitions-n-18/rapport--oman.html
http://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/restauration-hotellerie-sports-loisirs/oman-des-grandes-ambitions-pour-le-tourisme_2279767.html
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/oman/evenements/article/oman-entretien-de-jean-marc-ayrault-avec-sayyid-badr-al-busaidi-secretaire
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/oman/la-france-et-oman/
http://www.iris-france.org/80834-oman-une-autre-geopolitique-dans-le-monde-arabe/
https://www.diploweb.com/Geopolitique-d-Oman.html
https://www.franceculture.fr/emissions/les-enjeux-internationaux/oman-pourquoi-le-sultanat-nest-il-pas-touche-par-les
https://www.tresor.economie.gouv.fr/Ressources/File/437942
http://www.lesclesdumoyenorient.com/Le-Sultanat-d-Oman-une-exception-regionale.html
http://orientxxi.info/magazine/la-diplomatie-tranquille-d-oman-dans-un-golfe-en-ebullition,1295,1295
http://orientxxi.info/magazine/succession-incertaine-a-oman,0751

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